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Bienvenue amis lecteurs,

Ceci est un blog sur tout ce qui m'intéresse par rapport à la Chine, ça peut être du digital, du champagne, des expositions d'art contemporain Chinois... Vous trouverez aussi quelques récits de mes voyages là-bas !

lundi 19 novembre 2012

Exposition Yue Minjun à la fondation Cartier - Nuit de l'incertitude du 14 novembre - le débat

Mercredi dernier la fondation Cartier recevait Yue Minjun en personne, ainsi que le journaliste Stéphane Paoli qui animait le débat, l'astrophysicien Michel Cassé, et deux amis de l'artiste, dont un poète Chinois. La première question de Stéphane Paoli concernait le risque pris par l'artiste dans ses œuvres : il expliquait que sur une table de ping pong, Yue Minjun se situerait à la limite, sur le bord de la table, entre un point validé et la faute. En effet, le journaliste a voulu commencer le débat en parlant politique. Malheureusement, il est difficile de parler politique avec un Chinois, surtout lorsque la télé chinoise est présente. Il a donc été difficile d'avoir l'opinion de l'artiste sur la politique de son pays.

Les questions suivantes étaient un peu compliquées : parfois l'artiste prenait un air perplexe qui faisait rigoler le public ! En fait Stéphane Paoli essayait de faire participer tout le monde, y compris Michel Cassé, mais il n'était pas facile de relier l'art de Yue Minjun et l'astrophysique. A un moment Mr Cassé a demandé par exemple pourquoi le ciel était bleu. Après quelques échanges, Yue Minjun a conclu que celui-ci symbolisait la liberté.
Une autre fois, le débat est parti sur le thème de la particule, de la multiplicité (que l'on retrouve dans les tableaux) et de l'unicité. Ce qui était drôle c'est que les questions étaient parfois si compliquées, que les interprètes et l'ami de l'artiste se mettaient à trois pour essayer de traduire !
 Ce qui était intéressant c'est que l'artiste expliquait, quand est venue la question de l'absence (des objets, du décor, du sujet), qu'il s'était aperçu qu'un vide permettait de mettre encore plus en avant la chose absente. Par exemple dans le tableau où des personnages tiennent des mitraillettes invisibles, le fait que les mitraillettes soient absentes permet de les rendre encore plus présentes !
 Mais on peut dire que les deux français du plateau se "prenaient un peu trop la tête" sur des questions métaphysiques. Car, comme le dit finalement l'artiste à la fin, celui-ci, lorsqu'il peint, ne réfléchit pas à une symbolique, un sens caché, il répond simplement à un besoin spontané. Il n'est pas nécessaire de se demander pourquoi le ciel est bleu ou pourquoi les personnages sont nombreux. Le ciel est bleu parce qu'il est bleu. Pour ma part, il suffit d'un séjour en Chine pour mieux comprendre l'art contemporain Chinois. Celui-ci ressemble à la Chine d'aujourd'hui : les thèmes abordés, les couleurs, le cynisme... On retrouve ces mêmes éléments dans les livres de Mo Yan et la littérature chinoise contemporaine. L'art contemporain Chinois est aussi, comme on l'avait vu, un art à message, et pour moi il dénonce souvent les atrocités subies par le peuple Chinois dans le passé, tout en essayant de ne pas être censuré. Ou alors il décrit la Chine d'aujourd'hui. C'est un peu simple comme explication, mais pour moi, il suffit donc d'avoir été un peu en Chine pour comprendre cet art. Il n'est pas nécessaire de trouver des explications métaphysiques.

En fait, on peut dire que ce moment, ce débat, était historique : la confrontation Orient-Occident, la pensée logique de l'occident contre la pensée "globale" et "en mouvement" de la Chine.

Donc pour moi c'était un moment très intéressant, mais il reste quand même du chemin à faire.
Par exemple Michel Cassé était assez modeste dans ses réponses, mais il était un peu trop fier de lui dans ses questions, ce qui faisait un peu "arrogance française".

 Les questions les plus intéressantes, étaient donc pour moi les deux dernières questions, lorsque Stéphane Paoli a compris qu'on ne parle pas à un artiste Chinois comme on parle à un artiste français : il a demandé à Yue Minjun si celui-ci était surpris de nos réactions d'occidentaux face à ses œuvres. Malheureusement l'interprète a traduit la question en utilisant le terme "surpris" comme s'il était péjoratif, et l'artiste a simplement répondu qu'il n'était pas surpris, mais content de ces réactions.

Puis la dernière question était "Et vous, riez vous souvent?", à laquelle l'artiste répondu qu'il riait effectivement de temps en temps, mais qu'il ne fallait pas rire trop longtemps, sinon les gens pensaient qu'on était fou ! "有问题" Ce qui a beaucoup fait rire le public !

En conclusion, je trouve que c'était à la fois très émouvant, et à la fois il reste beaucoup de chemin à faire.

Comme pour ce Français qui à la fin du débat à demandé à l'artiste de signer sa copie (sans doute achetée au marché). Nous étions plusieurs à être très choqués ! Yue Minjun est un grand artiste, un des préférés des mécènes Chinois, dont les toiles se vendent des millions chez Sotheby's et Christie's, et il mérite un minimum de respect !

En tout cas bravo à Stéphane Paoli, dont la tâche n'était pas aisée, et bravo à la fondation Cartier !



jeudi 18 octobre 2012

Le marché de l'art contemporain Chinois



Pourquoi s'intéresser à l'art contemporain chinois ? C'est tout d'abord un marché qui a connu ces dernières années une forte croissance, et qui représente aujourd'hui une bonne partie des plus grosses ventes de Sotheby's et Christie's. Mais aussi parce que lorsqu'on va en Chine on s'aperçoit que c'est un des moyens d'expression parmi les moins censurés en Chine. On y trouve par exemple des dénonciations de tortures des gardes rouges qui ne sont pas dans les livres d'Histoire du pays.

 ici une oeuvre très noire de Zhou Wenzhong


Intéressons nous aux origines de l'art contemporain Chinois. Il faut savoir que jusqu'à la mort de Mao en 1976, les artistes étaient cantonnés à des représentations de "réalisme socialiste", art totalitaire au service du parti, faisant l’éloge du bon soldat ou du bon paysan.

De 1978, arrivée de Deng Xiaoping au pouvoir et début de l'ouverture du pays, à 1989, l'art chinois connait une nouvelle vague, caractérisée par une liberté d’expression et une explosion créative. De nouveaux mouvements naissent comme le" xiamen dada" et le "political pop art" , comme ci-dessous « Great criticism » de Wang Guangyi.

Les évènements de Tiananmen sont un grand choc pour les artistes, dont une grande partie s’exile à l’étranger. C’est la naissance d’un art hybride mêlant orient et occident.

Enfin dans les années 2000, le marché de l’art contemporain chinois, que l’on peut qualifier d’ «art à message », explose. De 2004 à 2006, les ventes d’art contemporain asiatique de Sotheby’s et Christie’s, dont la majorité est Chinoise, passent de 22 à 190 millions de dollars. En 2007, la moitié des 10 artistes vendant le mieux au monde est chinoise.
 Aujourd’hui ces artistes sont multimillionnaires, comme Wang Guangyi qui possède une jaguar et une villa de 10 000 m2 à Pékin, et des galeries se créent partout dans le monde, telles que le quartier 798 à Pékin, faite d’anciennes usines d’armement reconverties. (http://www.798space.com/index_en.asp )


Parmi les grands artistes Chinois d’aujourd’hui on trouve notamment les frères Gao, anciens activistes de Tiananmen, parfois censurés,  qui ont aujourd’hui leur galerie à 798, et sont reconnus internationalement. Ici on voit une performance où ils détruisent une statue de Mao avec des seins de femme.

On trouve aussi Yue Minjun, un « réaliste cynique », très apprécié des  mécènes chinois. Vous pourrez retrouver ses œuvres à la fondation Cartier à Paris à partir du 14 novembre 2012. (http://fondation.cartier.com/#/fr/art-contemporain/26/expositions/44/prochainement/758/yue-minjun-l-ombre-du-fou-rire/ )

Liu Bolin est aussi un artiste phare reconnu dans le monde entier. Après la fermeture de son atelier de Pékin et l’interdiction de ses expositions, il a imaginé une « révolution silencieuse » en se fondant dans le décor urbain pour protester contre les autorités de son pays.

L’art contemporain Chinois est très riche ; vous pouvez retrouver d’autres artistes intéressant à Paris notamment à la galerie Loft ( http://www.galerieloft.com/ ), ainsi que des objets de design Chinois à la galerie Chinart (http://chinart.fr/ ).
Pour conclure, on peut se demander si cet engouement est dû à un effet de mode, ou si ce n’est que le début d’une évolution. Mais au regard de la démographie Chinoise et des changements que subit encore la société Chinoise, on peut sans doute s’attendre à  une créativité encore prolifique pendant plusieurs années.
Si vous allez à Pékin, ne manquez pas de visiter le quartier 798 !

mardi 16 octobre 2012

Les perspectives d'évolution du champagne en Chine

J'ai rédigé un mémoire lors de mon master à Reims sur ce sujet. En effet, l'exportation de champagne vers la Chine ayant dépassé le million de bouteilles en 2011, chiffre à la fois significatif et faible, on pouvait se demander si le marché du champagne en Chine allait mettre 50 ans à décoller comme au japon ou si on pouvait accélérer les choses et comment ?

Regardons déjà l'état actuel des choses. Avec 1,341 milliard d'habitants fin 20101, la chine compte 130 milliardaires Chinois en dollars en 2010 et une classe moyenne de 350 millions de personnes, donc un marché potentiel considérable.

Concernant le marché du luxe, une étude de Crédit Lyonnais Securities Asia montre que la Chine deviendra le premier marché mondial du luxe d’ici 2020. Près de la moitié (44 %) des ventes de produits de luxe seront réalisées en Chine d'ici 2020 contre 15 % en 2011.

De plus les consommateurs de luxe ont changé en Chine. Une étude du Comité Colbert de 2003 montre l'apparition d'abord d’une nouvelle bourgeoisie chinoise "à la fois traditionnelle et bobo, plus éduquée, plus individualiste, moins ostentatoire, qui s’aligne sur la bourgeoisie internationale." Ensuite, « les jeunes adultes à hauts revenus sont plus dépensiers, individualistes et hédonistes que les générations précédentes. La ligne de clivage coïncide avec l’arrivée de l’enfant unique ». Enfin, « une classe urbaine plus éduquée dans certaines grandes villes » : la classe aisée de Pékin est sensible à la fonction esthétique des produits de luxe : il ne s’agit plus uniquement de montrer sa position sociale mais bien sa culture et son goût pour l’esthétisme. A Shanghai cette tendance est plus prégnante, et l’on associe plus facilement le luxe à la notion de créativité et de modernité.

De plus, les Chinois aiment la France : selon une étude de « Atout France » de janvier 2012, La France est la destination européenne préférée des touristes chinois. Première destination européenne devant l’Italie, la Suisse et l’Allemagne, la France attire les Chinois surtout pour les possibilités de shopping qu’elle offre. En 2010, 900 000 Chinois ont visité la France, et ils pourraient être quatre à cinq millions d’ici à cinq ans.
Toutes les conditions sont donc réunies pour développer la consommation de champagne en Chine.

Cependant les Chinois ne connaissent pas bien champagne : Mr Han, professeur à RMS, pense aussi que la majorité des Chinois sont assez ignorant de l’existence même du Champagne. « Aux yeux des Chinois, le champagne est très mystérieux. Pour les encourager et les inciter à consommer du champagne, il faut tout d’abord leur présenter sa culture ». Ce n’est qu’à travers les médias qu’ils en aperçoivent quelques images. Quant à ceux qui connaissent la valeur de cette boisson et qui s’y essayent, ils ne connaissent pas la plupart du temps les coutumes et règles liées à la dégustation.

J'ai fait une étude basée sur un questionnaire pour connaître l'avis des Chinois. Voici quelques résultats et réponses.

 - Aimez-vous le champagne ?                                    - Péférez-vous le champagne ou le vin rouge ?  

 - Concernant les marques, seulement 11 personnes sur 27 connaissent des marques de champagne. Parmi ces marques, Moët et Chandon est connue par 5 personnes, et les autres marques sont Taittinger (2), Veuve Clicquot (1), Pommery (1), Jacquart (1), Cattier (1), Mercier (1).
 - A la question « quelles marques boivent les Chinois ? », Moët revient 5 fois et Mumm 1 fois.

 - A la question « que faudrait-il faire pour que les Chinois boivent plus de champagne ? » :
     - 2 personnes ont répondu de baisser le prix (ce qui n’est pas possible, d’après Jean-Luc Barbier, directeur du CIVC)
     - 12 personnes ont répondu qu’il fallait plus de publicité et de campagnes marketing
     - 2 personnes ont répondu qu’il fallait diffuser la culture du champagne.
     - 2 personnes ont répondu qu’il fallait faire des dégustations de bons champagnes
     - 1 personne a dit qu’il fallait faire boire du champagne aux hauts fonctionnaires Chinois, à la place du Maotai, l’alcool fort traditionnel.

Nous pouvons tirer plusieurs conclusion de ces résultats : D'une part, en effet les Chinois connaissent peu le champagne, mais ceux qu'ils connaissent sont les maisons qui ont investit le plus en Chine. Il faut savoir que Moët investit beaucoup en Chine, et a également créé sa marque de mousseux chinois méthode champenoise en achetant des vignes sur place. C'est ce que nous disent aussi les réponses : il faut plus d'investissements, notamment en terme de communication pour se faire connaître en Chine.
On remarque également que le champagne a du mal à se faire une place au milieu des alcools forts et du vin rouge.

La meilleure stratégie a adopter pour les maisons de champagne est donc d'investir dans la communication, de se faire connaître. Une solution pour cela est de faire des joint venture. En effet c'est par exemple Castel qui avait fait au départ une Joint Venture avec la marque ZhangYu (张裕) pendant quatre-cinq ans, pour produire le vin ZhangYu Castel (张裕卡斯特). Ainsi les Chinois avaient commencé à connaître la marque Castel, puis les entreprises avaient « divorcé ».
En effet, pour Mr Han, il faut s’appuyer sur des réseaux chinois partenaires, et sur les agents de distribution. Car a Chine produit déjà elle-même des vins effervescents, dont les trois plus grandes marques sont Changyu, Weilong et Dinasty.

Le plus important étant de se faire connaître dans le pays, du fait de la méconnaissance des Chinois vis-à-vis du champagne, il faut donc s'aider des marques locales déjà connues ou investir massivement tel que le fait Moët.

Voilà donc un petit résumé très condensé de mon mémoire, n'hésitez pas à m'écrire si vous voulez plus de renseignements.